Auf der anderen Rheinseite
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La minute de solitude
Apr 5th
C’est quand tu parles à des gens, les regardes en attendant leur réponse, personne ne réagit alors répètes la même chose, attends toujours une réaction qui ne vient pas. Tu finis donc par te demander ce qui ne va pas, et te répètes donc la phrase dans ta tête et là…. oh oui seulement là, après une bonne minute… tu réalises que tu viens de parler deux fois en français à des gens qui ont du à peu près aussi bien comprendre que si je vous parlais en swahili. C’est le moment aussi exact où tu te sens bien bien bien seule.
Les moments où tu te sens juste bien seule, c’est quand tu parles à des gens, vois qu’ils ne comprennent pas, ne comprends pas vraiment pourquoi, la phrase est simple : elle a 3 mots. Tu essaies de reformuler (donc réfléchis à ce que tu viens de dire) et tu te rends compte que ô tu es trop forte : tu as fait une phrase de 3 mots, avec chaque mot dans une langue différente. Et après ça, tu t’étonnes toujours que parfois on ne te comprenne pas.
Des mots que l’on emploie
Nov 9th
Si je vous dis différence culturelle, vous pensez à quoi ? Nourriture, langue, habitude ? Ca peut aussi être un humour différent et aussi les mots que l’on emploie.
A l’école, on m’a toujours dit “La traduction mot à mot ne marche pas”. C’est souvent vrai. Un mot dans une langue a bien souvent plusieurs mots pour dire des choses plus ou moins équivalentes dans une autre langue voire pas de traduction du tout. Et c’est ces différences là qui sont pour moi une différence culture. Parce que, comment interpréter autrement le fait que dans une culture on attache tellement d’importance à quelque chose (un sentiment, une idée, un objet) qu’on lui affecte un mot alors que dans une autre culture, on n’a qu’une vague idée de ce que cela signifie.
A l’étranger, j’ai toujours eu cette impression que nous les français nous avons un rapport différent avec la nourriture (je pense que les asiatiques, les italiens, les espagnols et surement tout un tas d’autres communautés, que je ne connais pas forcément, partagent aussi ce rapport). En tout cas, les allemands et les anglais (et les tchèques, slovaques, américains…) ne le partagent pas, pas de la même manière que nous en tout cas. Pour un allemand et les autres sus-cités (oui il y a des exceptions) un repas du soir, c’est souvent un sandwich : du pain, du fromage, du jambon, une saucisse… Du coup, ils mangent tôt, sont disponibles tôt. Alors que moi, je sais pas, j’ai besoin de cuisiner, même un tout petit peu. Et donc quand je rentre du boulot/des cours, je ne peux pas donner rendez-vous à quelqu’un 15/20 min après. Le temps de rentrer chez soi et de manger. Non, c’est difficile. Pour les autres par contre, c’est tout à fait normal, et même si vous tentez de leur expliquer que 15 min ça ne suffit par pour manger, non, ils ne comprendront souvent pas.
Et c’est bien en sachant cela que je me suis trouvée toute bête, le jour où en voulant faire remarquer à un collègue anglais qui mangeait avec appétit un gâteau, qu’il était Gourmand. Pourquoi bête ? Parce que Gourmand n’existe pas en anglais. Il m’a donc fallu quelques phrases avant d’arriver à lui faire comprendre ce que je voulais dire. Surtout qu’en parlant de gourmand, j’ai pensé à gouter. Tiens, encore un concept qui n’existe pas partout. Enfin pas vraiment. Il y a bien le thé anglais de 16 heures avec les gâteaux ou le Kaffee und Küchen allemand – café et gâteau. Mais le thé de 16 heures, ce n’est pas vraiment le gouter. Alors dur dur de devoir expliquer ce qu’est un gourmand. Est-ce que c’est quelqu’un qui aime bien manger ? Surement. Du sucré ? Vous le définiriez comment vous un gourmand ? Et puis le gouter, dans des pays où on mange à 18h, c’est aussi difficile comme concept. Vous l’expliquez comment un gouter ? Le gouter de 10h ? Celui de 16h ? Et si on vous demande “pourquoi un gouter ?”. Oui tiens, pourquoi ? Et comment expliquer ce que l’on mange dans un gouter. Du sucré. Tiens, comme c’est étrange. Un croissant, une chocolatine, un pain au chocolat, des tartines. Ouhlala, mais tout ça n’existe pas non plus là-bas. On s’embarque dans une bien drôle d’histoire.
Il y a aussi les mots que je n’arrive pas à traduire. Mais dans l’autre sens. Pourtant une traduction vers le français devrait être facile non ? Pas forcément. Parce que si le concept n’existe pas ici, c’est difficile. A coup de “c’est un peu de ci et un peu de ça” ou “Je ne sais pas si tu vois la nuance”. Tiens, traduisez Serendipity pour voir. Le dictionnaire dit “serendipité”. Ouhlala. Je sens qu’on est mal partis là. Un autre me dit “heureux hasard”. Oui et donc, c’est quoi un heureux hasard ? C’est la capacité à faire une heureuse découverte en cherchant quelque chose qui n’avait rien à voir. Ouf, on reprend sa respiration. C’est marrant ça, que les anglais aient un mot bien spécifique pour parler de “heureux hasard”, de chance, de fatalité, de “c’était écrit”… et que nous, non. C’est du à quoi d’après vous ?
En allemand, j’aime bien le mot Heimweh. Le dictionnaire me dit que c’est “mal du pays”. Un pays peut être malade ? Ah bon. Mais non, ce n’est pas cela que ça signifie. C’est plutôt quand votre pays vous manque. C’est un peu comme la nostalgie vous voyez, mais en différent en fait. Dans nostalgie, il y a une forte connotation au temps, un souvenir de l’enfance. Alors que dans Heimweh, c’est plutôt lorsque l’on vit dans un autre pays, que notre pays d’origine, et que celui-ci nous manque.
Dans les mots qu’on emploie je pourrais aussi vous parler des mots que l’on compose. Je sais pas moi Gendarme, vous vous êtes jamais demandé d’où cela vient ? Ou que c’est marrant les gendarmes ce sont des gens qui portent des armes, des Gens d’Armes. Il y a aussi Tournesol, qui tourne vers le soleil. En allemand et en anglais se sont les fleurs du soleil.
Je suis sure qu’en cherchant vous en trouverez pleins d’autres !
Un jour je vous parlerais aussi du genre des mots. Par exemple, pourquoi on dit La Lune et Le Soleil et pas Le Lune et La Soleil (comme les allemands) ?
En tout cas, le vocabulaire peut nous en dire beaucoup sur un pays et une culture. Surtout les notions difficiles à traduire. Mais pour arriver à les comprendre ces mots là, il faut surtout arriver à voir que c’est la culture qui influence là dessus. Je veux dire, comprendre ce que veut dire un mot qui n’existe pas dans notre langue, c’est aussi faire un pas vers la culture de l’autre, et son fonctionnement.
Et puis c’est aussi marrant de voir comment les mots sont construits !


